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Katy Hoarau, présidente du Medef Réunion

Élue en juin dernier à la tête du Medef Réunion, Katy Hoarau est la première femme à présider l’organisation patronale. Entre engagement collectif, économie robuste et regard neuf sur l’entreprise, elle trace les contours d’une présidence tournée vers l’action.

Par Florence LABACHE

« Un Medef qui ose, propose et agit », c’est le cap fixé par Katy Hoarau, nouvelle présidente du Medef Réunion. Face à une conjoncture tendue, pas de round d’observation : « On est dans le dur. Il faut agir. Collectivement. Avec méthode. » Élue avec 58 % des voix et un taux de participation dépassant les 70 %, elle a choisi de rendre les résultats publics. Un geste de transparence assumé, pour mieux tourner la page d’une campagne ponctuée par des sorties médiatiques plus ou moins inhabituelles.

À rebours des clivages, elle entend faire du Medef Réunion un acteur de premier plan sur les grands dossiers du territoire. « L’entreprise, seule, ne peut plus s’en sortir. Elle a besoin qu’on agisse sur son environnement, qu’on parle de réglementation, d’accès au foncier, de logement, de formation en phase avec nos réalités… On est dans un vrai contexte de crise, ça ne rigole plus. Des entreprises portées par des entrepreneurs engagés se retrouvent aujourd’hui en difficulté. Les trois prochaines années vont être marquées par une succession d’échéances électorales et auront des effets directs sur l’économie. On doit en tenir compte. »

Son ambition ? Redonner du souffle à une économie qu’elle dit « fragilisée par des trimestres consécutifs de baisse d’activité ». Sa méthode ? L’intelligence collective. « Je veux écouter les filières, travailler avec tous les acteurs du territoire, construire ensemble une feuille de route. Je peux créer cette dynamique parce que je pense qu’elle est utile, et qu’il s’agit de notre survie. On doit avancer ensemble. »

Ce collectif, Katy Hoarau l’appelle de ses vœux et annonce la création d’un Comité stratégique économique au sein du Medef, capable de produire des propositions chiffrées et argumentées sur des sujets structurants : desserte aérienne, énergie, logement, innovation… « Je veux qu’on aille plus loin que la réaction, qu’on construise un cap. Un cap clair, partagé, pour une économie réunionnaise robuste. » Ce mot « robuste » revient comme un mantra. Robuste face aux crises, robuste pour offrir à la jeunesse un avenir, robuste pour mieux accompagner les seniors. « Ce que je veux porter, c’est un front patronal qui dépasse les querelles d’ego, que l’on soit capable de s’asseoir ensemble et d’avoir une ambition commune. Que les petites entreprises échangent avec les grosses, qu’on parle d’emploi, de logement, de mobilité. »

Pour Katy Hoarau, agir collectivement, c’est aussi repenser les bases. « On est une île de 800 000 habitants, entourée de poissons, à 10 000 km de Paris. Ça oblige à réfléchir autrement. Si demain La Réunion ferme, comment tient-on ? Énergie, santé, alimentaire… Est-ce qu’on peut créer des liens logistiques plus proches, avec l’Afrique du Sud, avec Madagascar ? Est-ce qu’on adapte nos normes européennes à notre réalité insulaire ? Ce sont ces questions que je veux mettre sur la table. »

Pas de plan tout fait ni de certitudes. « Je suis présidente depuis une semaine (N.D.L.R., au moment de notre entretien). J’ai besoin d’échanger avec chaque filière et c’est ce que je vais faire. Je ne veux pas donner des réponses à la place des acteurs. Mais ce que je peux faire, c’est créer une dynamique, un cadre de réflexion, un mouvement. »

L’octroi de mer, régulièrement présenté comme l’un des responsables de la vie chère, en est un bon exemple. « Est-ce qu’on connaît vraiment sa fonction ? Son histoire ? Sa finalité ? Est-ce qu’on sait que c’est ce qui permet aux collectivités d’avoir un budget d’investissement local, sans aller demander à Paris ? L’octroi de mer mérite d’être modernisé, oui, mais il faut arrêter d’en faire un bouc émissaire. Il faut faire de la pédagogie. »

De la pédagogie, mais aussi du lien. Entre petites et grandes entreprises, entre patronat et salariat, entre La Réunion et le bassin océan Indien. « Prenez les exonérations de charges patronales, elles concernent aussi les organisations salariales. Pourquoi ne pas porter certains combats ensemble ? Ce n’est pas incompatible. » Katy Hoarau entend aussi battre en brèche l’image du chef d’entreprise uniquement confiné aux sphères du Cac 40. « Ce n’est pas la réalité réunionnaise. Les TPE et les PME comptent aussi. »

Née en 1974 à Saint-Denis, la nouvelle présidente du Medef trace ses premiers repères entre l’école Bouvet, le collège des Deux-Canons et le lycée Butor. C’est un souvenir précis qui cristallise pour elle, le basculement vers l’ailleurs. Ce moment où à 17 ans, elle quitte La Réunion pour poursuivre des études de finance dans l’Hexagone, la chanson « Puisque tu pars » de Jean-Jacques Goldman — son idole absolue — en boucle dans la tête. « On est à l’aéroport de Gillot. Avec ma sœur, on s’est assises un peu à l’écart de la famille qui était venue me dire au revoir, j’allais m’installer à Pau pour ma classe préparatoire. J’avais cette chanson en tête. On pleurait, on pleurait. Je n’oublierai jamais. » Un de ces moments charnières où l’on mesure, sans le savoir encore, que l’on part pour mieux revenir.

Elle le reconnaît elle-même, les pieds sur terre, la tête dans les étoiles. Passionnée de théâtre, elle s’est un temps rêvé comédienne. Une créative, qui a pourtant choisi les chiffres pour terrain d’expression. Entre l’artistique et le pragmatique, elle a trouvé sa propre équation. « Le théâtre, c’est la créativité pure. Les chiffres, c’est la rigueur et l’utilité. J’adore l’impact concret que cela peut avoir pour les entreprises, pour l’économie d’un territoire. »

Pour l’anecdote, elle raconte : « J’ai connu François-Xavier Demaison à l’époque où il était encore fiscaliste, bien avant qu’il ne monte sur scène. Un jour, je découvre qu’il lance son spectacle dans un théâtre parisien. Je l’appelle, je lui dis : « Raconte-moi comment tu as fait, je vais faire pareil. » Elle s’y attelle sérieusement, passe deux ans à tenter d’écrire son propre seul en scène. Le verdict, dit-elle, avec le sourire, est sans appel : « je n’avais aucun talent pour l’écriture comique. Juste moi, sur scène, qui peut, peut-être, faire rire. »

Professionnelle aguerrie, elle construit son parcours entre Paris, Londres et New York, où elle affine sa maîtrise des chiffres. C’est au détour de vacances familiales à Saint-Pierre qu’un déclic se produit. « Je me suis dit : mais qu’est-ce que je fais là-bas ? » Quelques mois plus tard, les valises pour La Réunion sont prêtes. Le retour s’impose comme une évidence. Katy Hoarau s’installe à Saint-Pierre et y ouvre son cabinet.

Avant de prendre les rênes du Medef Réunion, la Saint-Pierroise a patiemment bâti sa légitimité. En dix ans, elle fait passer son cabinet d’expertise comptable de quatre à quarante collaborateurs. Elle a été également présidente d’un syndicat, de la commission fiscale, de l’Ordre des experts-comptables de La Réunion, puis vice-présidente du Conseil national de l’Ordre. Son style de leadership ? Clair, direct, responsabilisant. « Je fais confiance, j’explique le sens, je challenge, j’encourage. »

Pour la présidence du Medef, « je me disais : tu n’as pas le droit de ne pas y aller. » Elle ne fonce pas tête baissée. Elle entame un coaching, travaille sur ses valeurs. Et une certitude remonte à la surface : « J’aime les gens. J’ai envie d’être utile. J’en reviens encore à Goldman : À quoi tu sers ? Pourquoi t’es là ? J’adore faire bouger les lignes, j’adore voir les choses autrement. »

Élue dans un contexte particulièrement observé, avec une candidature en outsider face à deux candidats soutenus tour à tour par le président sortant, Katy Hoarau a mené une campagne active. « J’ai toujours été droite dans mes bottes. J’ai fait un site internet, j’ai partagé des podcasts, des réunions, je suis allée sur le terrain, j’ai parlé de mon programme. C’est le terrain qui nourrit. J’ai voulu créer une dynamique et ça a plu, je crois. J’ai eu des soutiens extraordinaires. J’ai une équipe extraordinaire, des gens avec une connaissance du territoire profonde, expérimentée. »

À peine élue, la nouvelle présidente annonce vouloir recréer l’association Réunion économique. Une initiative visant à réunir l’ensemble des acteurs économiques de l’île (grandes entreprises, PME, TPE) autour de projets communs et structurants. « L’association serait sans président mais avec un porte-parole. Qu’on sorte des guerres d’ego. La Réunion doit tenir debout avec une parole commune. Il faut que l’on puisse faire à nouveau faire une promesse à nos jeunes d’un travail et d’un logement. »

Et quand on lui demande quel message elle souhaite laisser, Katy Hoarau répond : « La Réunion c’est notre maison et je veux faire en sorte que la maison soit ok pour tout le monde. » Une déclaration d’ancrage autant qu’un principe d’action. « En vrai, tout est possible », dit-elle. Non comme un slogan, plutôt comme une ligne de conduite.

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